PER : un outil, pas la martingale.
Ce que c’est
Le Plan Épargne Retraite (PER) est une enveloppe d’épargne à long terme, dont l’objet est de préparer la retraite. Il a remplacé en 2019 les anciens contrats Madelin, PERP et article 83, en unifiant leurs règles dans un cadre commun. Il en existe plusieurs formes : le PER individuel, ouvert à titre personnel ; le PER d’entreprise collectif, proposé par l’employeur à l’ensemble des salariés ; et le PER d’entreprise obligatoire, réservé à une catégorie de salariés et alimenté par des cotisations obligatoires. Pour un dirigeant, c’est le plus souvent le PER individuel qui est concerné — sauf si l’entreprise elle-même met en place un dispositif collectif.
Comment ça fonctionne
Les versements. Vous alimentez le PER quand vous le souhaitez, par des versements libres ou programmés. Il n’y a pas de montant minimum imposé par la loi, chaque établissement fixe ses propres règles.
La gestion. Par défaut, la plupart des PER appliquent une gestion pilotée : les fonds sont automatiquement réorientés vers des supports plus prudents à mesure que la retraite approche. Vous pouvez généralement opter pour une gestion libre, où vous choisissez vous-même la répartition entre fonds en euros et unités de compte.
La déduction fiscale. Les versements sont déductibles de votre revenu imposable, dans une limite qui dépend de votre statut. Pour un dirigeant assimilé salarié (président de SAS par exemple), le plafond suit les règles applicables aux salariés. Pour un travailleur non salarié (gérant majoritaire de SARL), le plafond est généralement plus élevé et suit une logique proche de l’ancien contrat Madelin. Ces plafonds sont révisés chaque année — le chiffre exact est à vérifier avec votre expert-comptable au moment de vos versements, pas à retenir une fois pour toutes.
La sortie. Le PER se dénoue au moment de la retraite, sous forme de capital, de rente, ou d’un mix des deux — c’est vous qui choisissez, dans la plupart des contrats récents. La fiscalité à la sortie dépend de la façon dont vous êtes sorti à l’entrée : la part correspondant à des versements déduits est fiscalisée à la sortie, celle correspondant à des versements non déduits ne l’est pas sur le capital, seuls les gains le sont.
Les contraintes réelles
L’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé strictement encadrés : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage, ou cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire. En dehors de ces cas, il n’y a pas d’accès à cette épargne — ce n’est donc pas un outil de trésorerie ou de précaution, quelle que soit la qualité de son rendement.
L’avantage fiscal est un report, pas un cadeau. Ce point mérite d’être répété : ce que vous ne payez pas aujourd’hui, vous le paierez à la sortie, sur le capital déduit et sur les gains. Le PER n’est avantageux que si votre taux d’imposition à la sortie est réellement inférieur à votre taux d’imposition au moment du versement — une hypothèse qui n’est pas automatique, surtout pour un dirigeant dont les revenus à la retraite peuvent inclure le produit d’une cession d’entreprise.
Les frais s’empilent, comme sur toute enveloppe d’épargne. Frais sur versement, frais de gestion annuels du contrat, frais des supports sur lesquels vous êtes investi, parfois frais d’arbitrage. Un PER chargé en frais peut annuler une bonne part de l’avantage fiscal sur la durée — c’est un calcul à faire avant de signer, pas après.
La sortie en rente a ses propres règles, souvent moins favorables qu’on ne le pense au premier abord : la rente est en partie imposable, et son montant dépend de tables de conversion qui varient d’un assureur à l’autre.
Pour qui ça a du sens, pour qui non
Peut avoir du sens pour un dirigeant avec un taux d’imposition élevé aujourd’hui, qui anticipe des revenus nettement plus bas à la retraite, et qui dispose déjà d’une épargne de précaution disponible par ailleurs — puisque le PER n’en tient pas lieu.
Mérite d’être questionné pour un dirigeant qui prévoit une cession d’entreprise avant ou pendant sa retraite, ce qui peut faire remonter son taux d’imposition l’année de sortie du PER. Également pour un dirigeant qui n’a pas encore de véritable épargne disponible en dehors du PER — bloquer de l’argent avant d’avoir un matelas de précaution inverse l’ordre de priorité habituel.
Ces deux profils sont des repères, pas un diagnostic. Seule une vue complète de votre situation permet de trancher.
Les questions à poser avant d’ouvrir un PER
- Quel est mon taux d’imposition aujourd’hui, et quel est-il susceptible d’être à la retraite — en tenant compte d’une éventuelle cession d’entreprise ?
- Ai-je déjà une épargne de précaution disponible, en dehors de ce PER ?
- Quel est le total des frais — versement, gestion, arbitrage — sur ce contrat précis ?
- Quelles sont les conditions de sortie : capital, rente, ou les deux ? Sous quelle fiscalité exacte ?
- Quels sont les cas de déblocage anticipé prévus par ce contrat, au-delà du socle légal ?
- Comment est rémunéré celui qui me propose ce PER ?
Cette page a une vocation d’information générale. Elle ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d’investissement. L’évaluation de votre situation fiscale et patrimoniale relève d’un expert-comptable ou d’un conseiller en gestion de patrimoine.